Seul au monde par Shynn


Le petit garçon s'éloigna en courant aussi vite qu'il le pouvait du tunnel. Sa mère venait de périr des suites de sa blessure au dos et il se retrouvait seul. Son père avait disparu aux premières clameurs annonçant l'assaut. Quant à sa s?ur... Il l'avait vu s'écrouler au sol et être tirée par sa mère alors qu'une flèche était encrée dans son épaule. Et puis plus rien. Il ignorait pourquoi sa défunte mère n'avait pas réussi à l'emmener avec eux.

Les volutes de fumée s'élevaient dans le ciel et semblaient concurrencer la lune dans son rayonnement. Le visage vrillé par la peur, Dorian courrait à en perdre haleine, tout droit. Il était resté auprès de sa mère aussi longtemps que possible. Mais les cliquetis d'armures avaient résonné dans la grotte annonçant l'arrivée des guerriers. Il s'était refusé à la quitter alors qu'elle avait insisté pour qu'il parte rapidement. Le plus étonnant était qu'elle lui avait demandé également de ne plus parler. D'être muet. Mais aussi incompréhensible que cela soit pour lui, il s'y tiendrait. C'était le dernier v?u de dame Eolianne.

Il avait suivi pendant quelque temps une petite route en terre qui semblait n'avoir jamais été entretenue puis avait finalement coupé dans l'inquiétante forêt noire qui la flanquait. Par la forêt sombre, il espérait davantage que les assassins ne puissent pas terminer leur travail en achevant l'ex petit prince. Empli de crainte, la mort de sa famille se répétant dans son esprit, Dorian allait tout droit, tentant tant bien que mal de reprendre sa respiration entre deux sanglots qui l'essoufflaient.

La végétation et la nuit semblaient se lier pour cacher des dangers insoupçonnés pour le jeune garçon. Il avait chuté à plusieurs reprises à cause de racines, de cailloux ou d'autres éléments du nivelage naturel. Mais toujours, il s'était relevé, fuyant le cataclysme qui venait de rayer de son existence tout ce qu'il avait toujours connu jusqu'à maintenant.

Après un temps indéterminable, il avait fini par se réfugier dans le premier tronc creux découvert. Recroquevillé sur lui-même, le garçon s'était vidé de toutes les larmes de son corps tout en portant une attention particulière aux nombreux tumultes nocturnes de la forêt. Le vent s'était lentement levé, offrant une pléthore de sons inédits que l'esprit de l'enfant avait interprété comme étant l'?uvre d'esprits divers et de démons. Les yeux fixés sur la sortie du tronc, il était terrorisé de voir en l'espace d'un instant une créature surgir et l'attaquer.

Ses genoux écorchés de nombreuses fois saignaient et il ressentait toutes les articulations qu'il avait éprouvé dans cette fuite inattendue et soudaine. La paume de ses mains était recouverte de terre et blessée également, tout comme ses coudes qui avaient encaissé le choc avec de nombreuses pierres. Son c?ur battait à lui rompre la poitrine. Son souffle était saccadé et entrecoupé de gémissements qu'il tentait de retenir autant qu'il le pouvait comme s'il était entouré d'une armée à sa recherche.

* * * * * * * * * *

Lentement, Dorian ouvrit les yeux. Le soleil éclairait faiblement l'univers dans lequel il se trouvait. Il ne se rappelait pas d'avoir sombré dans un profond sommeil. Seuls quelques oiseaux venaient briser le silence parfait de la forêt. Le garçon se frotta délicatement les yeux du dos de ses mains meurtries et prenant le peu de courage qu'il avait, décida de sortir avec une lenteur mesurée la tête pour observer l'environnement qui s'offrait à lui.

La forêt s'était métamorphosée à l'apparition de la faible lumière et lui aurait parue plus engageante si elle n'avait pas été son refuge dans les circonstances qui l'avaient rendu orphelin. Son estomac criait famine, trop habitué à être servi dès son levé. Il avait froid. Ses genoux le faisaient souffrir. Il était perdu, tant mentalement que géographiquement. D'un pas incertain, il reprit sa marche hasardeuse, hésitant sur les chemins à emprunter tant il était confus. Le ciel était couvert. D'épais nuages s'amoncelaient à leur rythme en un tapis grisâtre.

La matinée avança. Sa seule destination était la plus éloignée des monstres qui lui avaient arraché sa vie. Il ne sentait plus que comme une coque vide de tout sentiment. Il n'avait plus de vie, si ce n'était celle qui coulait dans ses veines bien malgré lui. Lentement, une pluie fine s'abattit sur la forêt. L'enfant mit quelques temps à s'en rendre compte tant l'épais feuillage le protégeait. Mais peu à peu, celui-ci se dissipait et l'offrait aux gouttes dont le nombre augmentait à chaque instant.

Dorian finit par arriver à la lisière de ce lieu. Face à lui, une grande étendue d'herbes verdoyante trônait, appréciant la pluie et la brise qui lui faisait onduler les brins par vagues. Chose plus étonnante encore, une vieille cabane se dégageait de ce décor semblant pourtant vierge de toute activité humaine. L'orage s'annonçait peu à peu et la raison lui aurait indiqué dans un premier temps de courir se protéger dans cet abri providentiel. Pourtant, le garçon avait peur. Et si ce lieu était habité ? Qu'importe, finit-il par se dire. Il repartirait aussi vite qu'il avait fuit sa ville natale. Avoir un toit paraissait lui être une priorité. L'enfant avait gardé ses manières à défaut de garder son titre de noblesse.

D'un pas lent et aussi silencieux qu'il pouvait l'être, il s'approcha de la cabane en bord de forêt. La porte était entrouverte, probablement suite au vent qui s'intensifiait. Une fois devant, il déglutit puis approcha sa main et l'ouvrit dans un craquement. Il passa la tête pour inspecter avec méfiance l'intérieur. Il ne semblait rien y avoir. Un coin était recouvert d'une épaisse couche de paille et quelques outils étaient couchés au sol. Quelques toiles d'araignées inhabitées dansaient au rythme du vent qui s'engouffrait entre les vieilles planches qui composaient les murs de l'endroit.

Dorian jeta un ?il sur le champ alors que les goutes d'eau semblaient avoir doublé de volume. Il s'engouffra à l'intérieur et alla s'allonger sur le tas de paille. Ses vêtements déchirés étaient humides et il continuait d'avoir froid. Ce serait moins agréable qu'un lit avec une couverture, mais dans sa situation, il pouvait difficilement trouver mieux et s'en contenterait largement. Le petit prince se recouvrit le bassin avec le bout des doigts, évitant le contact de ses genoux écorchés de ses paumes. Il n'avait rien d'autre à faire que d'attendre que le temps soit plus clément.

Le regard rivé sur le plafond, il était hanté de visions qu'il tentait de chasser. Mais comme un bout de bois qu'on tentait désespérément d'enfoncer dans l'eau, elles finissaient constamment par ressurgir suite à une poussée incontrôlable.

Tout à coup, la porte s'ouvrit violemment et un jeune homme entra, trempé de la tête aux pieds si on en croyait les nombreuses gouttes qui dégoulinaient de toute part et ses cheveux de jais collés sur son visage. Dorian s'était figé, son c?ur lui semblait s'être arrêté. Dans son immobilité totale, il espérait futilement être invisible. L'inconnu lança quelques jurons bien sentis en s'essuyant le front avec les mains puis se dégagea le visage. A son tour, celui-ci se figea, remarquant du coin de l'?il la crinière flamboyante du garçon qui était allongé dans la paille. Très lentement, l'arrivant pivota vers Dorian et l'observa en silence pendant de lourdes secondes. Jusqu'au moment où...

« Ca flotte hein ? Je m'appelle Shynn !»

 

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