" KerWish " Une hitoire troll... par Winog


Dans l'aube grise, le jour à peine éclos, je m'éveillais, ouvrit un ?il.
Un frisson me parcourut l'échine. Dans l'âtre, les reliefs du feu de la veille ne suffisaient plus à réchauffer la pièce. Je frissonnais, un peu engourdi, au chaud sous les draps de satin bleu nuit; j'hésitais à me lever.

Un regard sur les courbes affolantes de celle qui venait de partager ma nuit.
J'avais envie d'elle encore, insatiable créature aux formes généreuse. Je scrutais son visage paisible, sa respiration douce faisait bouger le drap, laissant apparaitre la naissance de ses seins si désirables. Je frôlais son corps de la main; une irrépressible envie de la caresser me submergea. Elle remua dans son sommeil. Je stoppais là mes élans de tendresse de peur de la réveiller et gardait pour moi le souvenir de cette nuit magnifique.
Je me levais avec regret, sans bruit. Avant de sortir, je remis du bois dans l'âtre et soufflais sur les braises. Un dernier regard en arrière, un soupir... ; je franchis le seuil à pas de loup et refermais doucement la porte.

La veille, j'avais réuni mes affaires et mes armes, un sentiment étrange s'était emparé de moi depuis que j'avais entendu ce cri au loin.
Le bruit de mes pas résonnait dans l'escalier de granit aux marches usées par les ans. Je quittais, serein, le foyer encore endormi.

Je franchis l'immense porte cochère en arc et sortais de la maisonnée. J'étais seul, dehors dans le matin blême. Mon regard s'égara sur l'horizon; je guettais l'aube. Soudain, l'Est s'empourpra d'une teinte particulière de sang mêlé, l'astre du jour apparut, tremblant tel un vieillard frileux, comme retenu par quelque étrange intuition...
Malgré la fraicheur matinale, j'éprouvais une atmosphère pesante.

Je surplombais les alentours; des yeux, je parcourus la vaste étendue de verdure. Des écharpes de brumes tournoyaient lentement au dessus du lac. Derrière le domaine, ondulaient de basses collines s'étalant à perte de vue comme des dunes. Les premiers rayons du soleil y peignaient des taches ondulantes d'ombre et de lumière.

Subitement, au loin; un cri, un râle. Je n'aurais su le définir exactement à ce moment précis. Depuis deux jours déjà, un sentiment étrange s'était emparé de moi, une sorte de prémonition, un appel mais différent de ceux auxquels j'étais coutumier. Et mon instinct m'incitait à poursuivre et en découvrir l'origine. J'ajustais mon vêtement, sanglais mon sac et me mis en chemin.

Je me dirigeais d'un pas allègre vers le foret. La plaine herbeuse descendait en pente douce jusqu'à l'orée. L'astre bienveillant, aux premières heures de son cycle étalait ses rayons dorés sur la cime des premiers arbres à la lisière. Donnant des teintes de miel sur les feuilles tremblantes sous la brise d'altitude. Les mélanges d'ocre, de lie de vin et de vert sombre faisaient de la foret un être animé et chatoyant. Elle vibrait sous mille feus, elle vivait la fin d'un cycle pour renaitre plus éclatante encore dans quelques mois.

Je m'approchais le c?ur léger mais l'oreille aux aguets, sensible au moindre bruissement ; l'atmosphère semblait différente à mesure que j'approchais, si ténue qu'elle paraissait comme miroiter autour d'elle...



Je cheminais, foulant à chacun de mes pas l'herbe drue encore pleine de rosée. Mon esprit s'égarait encore une fois dans la contemplation.
J'écoutais avec fascination les trilles musicales d'un jeune merle, le ballet amoureux de deux élégantes bergeronnettes me rappelait ma propre histoire du moment; dansants, jouant à cache-cache, sautant dans les feuilles rouges simulant les derniers actes de la saison alors que l'hiver arrive sur la pointe des pieds...

Je m'abusais et repris aussitôt une démarche vigilante, car dans la pâleur du jour je faillis ne pas remarquer la silhouette sylphide se découpant sur le roux de la robe de la foret.
Une jeune femme aux cheveux bruns se tenait là immobile. Ne ressentant aucune animosité ni crainte émanant d'elle, j'avançais jusqu'à sa hauteur, jaugeant en retour de nos regards inquisiteur.
Elle était plutôt menue, de taille moyenne. Ses grands yeux rieurs couleur noisette ses joues rebondies et son petit nez lui donnait un air malicieux qui aurait pu tromper ou amuser n'importe quel quidam s'il n'y avait eu son bâton dans la main droite; elle appartenait certainement à l'ordre des magiciens.

Nous nous observâmes à deux pieds l'un de l'autre, chacun attendant que l'autre s'exprime, laissant le doute planer autour de nous. Ce petit jeu de muet durait depuis quelques minutes déjà aucun de nous ne voulant prendre l'initiative du dialogue, quand un râle profond et brutal assaillit nos oreilles. Nous nous figeâmes, une terreur avait pris naissance au loin faisant fuir les lapins et s'envoler un couple de perdreaux. Pourtant le son ne venait pas de la foret mais de plus loin. Avide d'en trouver l'origine, je devinais les intentions de la jeune femme.
Vêtue simplement, elle portait un sac plein, déterminée comme moi, elle aussi ressentait une angoisse indescriptible et voulais en découvrir l'origine.

Je décidais de rompre le silence.


"Je vous souhaite le bonjour.
Je suis Dhrun, rôdeur et ami d'Epervier .Si comme moi vous êtes troublé par ce remue ménage, nous pourrions cheminer ensemble "...



"Oh ! Veuillez m'excuser ! ...J'en oublie les commodités... Je me nomme Madouc, fille de Twisk, glaçon bordeaux, à l'âme verte... Je suis enchantée d'enfin vous rencontrer !
J'avoue que tout cela m'intrigue moi aussi... Depuis plusieurs nuits, il y a ces bruits étranges qui me glacent le c?ur... Et nous n'aurons pas la paix avant d'en avoir découvert l'origine il me semble...
Alors... Il ne faut plus tarder et nous mettre en route."



Un regard vers la futaie, un hochement de tête ; d'un commun accord, nous décidâmes de nous diriger dans la forêt.
Une légère bourrasque vint fouetter nos jambes, faisant danser les plis du vêtement de ma nouvelle camarade. Je remarquais pour la première fois que ce que j'avais pris pour une robe banale ; brillait de reflet chatoyant comme la soie, alternant des teintes passant du marron comme l'écorce au vert de la prairie, des ocres et des bordeaux que seule la nature pouvait évoquer. Son bâton de marche n'en était pas un, ou du moins en seconde utilisation ; en chêne noueux portant de discrètes inscriptions indéchiffrables. Il émanait de son bâton comme de sa personne une aura de magie et l'instinct de la nature.

Nous nous décidâmes à emprunter le chemin traversant la forêt qui mène au lac et découvrir la piste de ce qui créait tant d'émoi alentours.
La route pénétrait sous son ombre, étouffant tous les bruits. Par endroit des moisissures brunes ou corail pendaient des souches de bois mort comme des dentelles féériques. A travers le feuillage, la lumière crue du soleil pénétrait en oblique, glissant sur les troncs bruns, saturant la pénombre de couleurs sombres.
Nous marchions à pas feutrés, l'oreille aux aguets, osant à peine parler...



"OOo°°orRRhhh!!!"


Ce que nous venions d'entendre nous fit frémir.

J'osais briser le silence qui régnait à nouveau après ce cri de lamentation.


"A votre avis dame Madouc, qu'allons nous trouver au bout du chemin ? Quel drame est-il en train de ce déroulé ?"

Je préconisais la vigilance, mais ma timide amie voyait les choses différemment. Je décidais de la suivre...





"J'avoue n'en avoir aucune idée... Espérons que ce ne soit pas trop dangereux... "


Cheminant, nous échangeâmes nos points de vue. Tandis que je privilégiais la patience et ne voulais me précipiter, je la sentais vive et pressée de découvrir cette chose qui serait déjà partie ou se serait déplacée plus loin qu'elle ne l'était déjà. Elle me fit part de ses pensées et accordais mon pas sur le sien avec quelques réticences malgré tout.

"Je te protégerais si ce que nous découvrons nous menace, n'aie crainte." Me dit-elle, rassurante.

Je répondis d'un hochement de tête. L'affaire était entendue.

Quelques secondes s'écoulèrent, le temps de jauger l'atmosphère, respirer à pleins poumons l'air pur de la forêt une dernière fois.
D'un accord tacite, nous partîmes en direction d'où provenaient les bruits.



Malgré les incitations bienveillantes de ma partenaire, je n'étais guère enclin à foncer en avant. Je me renfrognais et la précédais d'un pas.
Nous marchions à bonne allure, le pied léger, nous arrêtant au moindre bruit de pas, au moindre craquement de branche morte, au moindre halètement suspect.
Autour de nous, la forêt suintait d'inquiétants désirs et d'intentions sinistres.

Un bruit de pas se fit entendre à quelques mètres de nous ...

« Crac ! Tagadap tagadap... »

Nous nous arrêtâmes, scrutant les bois environnent. J'avais déjà encoché une flèche, prêt à tirer au moindre signal de danger. Bien que le regard perçant (qualité indispensable pour un archer), je ne distinguais rien. Si ce n'était une silhouette, puis une seconde. Elles se découpaient dans la mi-ombre de la forêt. Je ne pu les identifier quand elles passèrent, vives comme des écureuils, lâchant dans leur course des rires enfantins.
Elles semblaient ne pas nous avoir vu. La menace passée, nous reprîmes notre chemin.


« ooOO°°rRrhhh !!! »

Encore ce râle...

Plus proche de nous cette fois. Nous allions bientôt en découvrir l'origine.
Nous débouchâmes des taillis où les arbres s'éclaircissaient marquant la fin de la forêt. L'astre du jour presque à son zénith nous éblouit un instant. Le temps à nos yeux pour s'habituer à cette nouvelle clarté, nul être n'était visible en ces lieux.

Les abords du lac semblaient déserts. Il s'étendait devant nous, à demi caché par les saules pleureurs quelque peu dénudé, et les mélèzes vert pâle. Miroitant le bleu d'un ciel d'auto

 

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