Un air de déjà vu. par Xenos


C'était une de ces nuits sans lune, sans étoile. Seuls les flambeaux plantés sur les remparts de la cité rendaient l'obscurité plus rassurante. La pluie abondante venait s'abattre sur le casque des soldats rompant ainsi le silence pesant qui régnait parmi les troupes. Le carquois bardé de flèches, les archers avaient armé leur arc et les pointaient dans le vide de la plaine, prêts à tirer. Les piquiers, moins nombreux se préparaient à repousser les assaillants qui parviendraient à escalader la muraille. Les chevaliers, quant à eux, s'étaient, pour la plupart, regroupés derrière la porte principale. La main serrée sur le pommeau de leur épée, ils s'étaient promis de ne laisser personne pénétrer dans la ville.

Les rois... ces deux frères étaient adulés par le peuple. Les plus vieux les respectaient pour leur sagesse, leur connaissance, leur culture. Les femmes, qu'elles soient jeunes ou vieilles, fantasmaient sur leur physique de minet. Il faut dire qu'ils avaient fier allure, paradant dans leur armure étincelante, bombant le torse, le sceptre dressé vers les cieux et la chevelure au vent. Les travailleurs bénissaient leur générosité. Les enfants en faisaient les héros de leurs jeux favoris. Bref, le royaume tout entier les aimaient. Par contre, lorsqu'il s'agissait de prendre les armes, de se battre pour leur peuple, c'était une autre histoire !

Tout avait débuté avec cet éclaireur revenu mort, sur son cheval, le visage affichant l'expression de la terreur qui semblait l'avoir terrassé. Aucune blessure physique, juste ce visage, cette horrible face à la bouche béante, aux yeux brulés, comme s'il avait rencontré le Diable en personne. Il ne pouvait s'agit que de l'oeuvre de l'Ombre, aucun doute là-dessus ! Un message qui laissait présager une attaque imminente.

Alerte générale, les armes furent distribuées à chaque homme en âge de combattre, les plotons formés, les remparts peuplés de milliers d'archers, les femmes et les enfants mis à l'abri dans les temples et les églises. C'était le branle-bas de combat. Personne ne savait réellement à quoi s'attendre mais la peur, l'angoisse s'immisçaient peu à peu dans le coeur et l'âme de chaque habitant.

Depuis, nos valeureux rois s'étaient retirés dans leurs appartements, et s'étaient offert, à prix d'or, les services du meilleur mage du Royaume... moi, en l'occurrence ! Planqués sous leur plumard royal, serrés les uns contre les autres, frissonnants d'effroi, ils faisaient peine à voir. Raaaah, si j'avais eu un portraitiste sous la main, je me serais fait des couilles en or en revendant cette toile aux pamphlets locaux.

Je fus sorti de mes rêveries par un cri strident qui perça la nuit. Les valeureux rois m'agrippèrent soudainement les chevilles, m'empêchant de m'approcher de la fenêtre de leur souveraine planque. Les hurlements se succédèrent, tous plus horribles les uns que les autres, comme si la cité elle-même était en train de se déchirer. Les rois, eux, en avaient profité pour s'évanouir.

Les tours s'embrasaient les unes après les autres. Les gardes tombaient comme des dominos face à un ennemi invisible. Les chevaliers donnaient des coups d'épée dans le vent. Les flèches décochées par les archers venaient se planter sur les cadavres qui jonchaient le sol. Qu'était-il donc en train de se passer ? Contre quoi se battaient nos soldats? Cela semblait si irréel... oh oui... justement !

"Désolé les gars mais j'ai autre à faire que de surveiller vos fesses ! De toute façon, vous ne semblez pas être en état de protester !"

J'abandonnai là les deux trouillards pour rejoindre la place centrale de la ville. Enjambant les dépouilles, esquivant les coups, je finis par atteindre le point central de tout ce carnage. Sans perdre de temps, je marmonnai quelques mots...

"Luminus Intensus"

Une lumière jaillit de mon bâton et vint ainsi éclairer le champ de bataille. Le temps sembla tout à coup se figer, les hommes se retournèrent néanmoins tous vers moi. C'était visiblement le moment de prononcer le discours que j'avais rapidement préparé dans ma course.

"Soldats, citoyens, amis, frères, écoutez-moi !
Ne perdez pas espoir, continuez à vous battre, soyez confiants, nous ne pouvons être que victorieux !
L'Ombre nait de nos angoisses, de notre peur, de notre pessimisme !
Elle se nourrit de nos âmes, les attirent à elle, les fait basculer du côté obscur de la force."

Je marquai une pause... du côté obscur de la force, héhé, elle était bien trouvé celle-là ! Hum, je m'éclaircis la voix et repris.

"Ouvrez les yeux, libérez votre coeur, abandonnez vos craintes et vos peines, avancez vers la lumière et nous triompherons !"

La foule était en délire, boostée à bloc, prête à se débarrasser de l'Ombre pour de bon. Afin de répondre aux acclamations de mon public, à l'image des rois, j'agitai la tête afin que ma longue chevelure flotte au grès du vent, je levai mon bâton vers les cieux avant de l'abattre violemment sur le sol et de prononcer une nouvelle incantation...

"Eclairata totalita"

Une lumière aveuglante emplit la cité, s'étendant jusqu'à l'horizon.

Je me réveillai en sursaut. Des gouttes de sueur s'échappaient de tous les pores de ma peau. Je me retournai vers la jeune femme allongée à mes côtés. Elle dormait paisiblement. Je me redressai pour poser un pied à terre et m'approcher de la fenêtre.

Une nuit sans lune. Une prémonition ? Non, un souvenir lointain. Bizarre...

 

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