partir por mieux revenir (suite) par Suldrun


Morrighan s'était endormie près du coffre où elle gardait enfermée sa correspondance la plus intime ainsi que certains de ses écrits. Des bruits de casseroles provenant de l'office, la réveilla en sursaut.

Prise de curiosité, elle se leva et se précipita dans la cuisine située juste à droite de sa salle de torture.Elle regarda d'un air interrogatif Gladys, la Trollette de ces lieux, qui était affairée à préparer des bons petits plats. Morrighan cria pour se faire entendre dans tout ce raffut :

[i]- Bonjour Gladys,

- Bõnjõûr Màdàmé, Sïré S ést dé rétõûr. C\'ést én sõn hõnnéûr qûé jé prépàré tõût célà.[/i]

Elle crût comprendre dans les paroles de Gladys qu'une personne dont le nom ne comportait qu'une syllabe revenait lui aussi au Château. A cette nouvelle, Morrighan sans prendre le temps de continuer la discussion, s'empressa de partir à la rencontre du revenant. Elle entendit vaguement la Trollette grogner :

[i]- Grrg ... Prrr.[/i]

Elle continua sa course en riant et gravit quatre à quatre les marches, elle poussa brutalement la porte de la taverne sûre d'y trouver ses compagnons mais à sa grande surprise celle-ci était vide. Elle s'en retourna et fit plusieurs endroits du palais avant d'entrevoir par une fenêtre deux silhouettes dans le jardin. Elle dévala les escaliers et atteignit le porche.

Elle s'arrêta et épia le guerrier quelques secondes, sans aucun doute, elle courut vers eux et lui sauta dans les bras. Elle n'attendit pas sa réaction, le fixa.

- Tu es bien de retour, pas juste de passage ? Tu .... s'enquit elle aussitôt à mi-voix.


Sentant le regard stupéfait de l'autre personne, elle s'écarta à une distance convenable laissant sa phrase en suspend.

[i]- Bien le bonjour Sortcellière.[/i]

Ils s'installèrent autour de la table apprêtée pour l'occasion. Leurs amis les rejoignirent un à un. Morrighan tout en dégustant une part de crumble aux plitchis, fît le constat tout en souriant :

[i]- A ce que je remarque, il a le droit aux bonnes tartes, moi quand je suis arrivée hier je n'ai rien eu.

- Jalouse, toi ton absence a surtout été prise comme un temps de repos et de calme pour nous tous [/i] ironisa le mage situé à sa droite.

[i]- Ne te plains pas, on aurait aussi vidé ta pièce de tes instruments de torture et la transformer en une cave
[/i] enchaîna le Baron.

Les discussions continuèrent de part et d'autre de la tablée ainsi que les éclats de rire. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas tous retrouvés ainsi. Morrighan se mit debout au bout de quelques minutes:

[i]- Excusez-moi de vous fausser compagnie mais je vais faire une ballade si on peut dire [/i] prononça-t-elle en mettant sa main sur le pommeau de son arme.

[i]- C'est bien ce que je disais la tranquillité est finie. Elle va encore nous créer des problèmes avec les habitants de ces terres [/i]soupira son voisin.

Elle ne prêta aucune attention à cette remarque faite sur le ton de l'ironie. Elle les quitta en criant de loin :

[i]- Bonne journée, à ce soir.[/i]

Elle partit en quête d'une proie potentielle, l'appel du sang était de plus en plus présent à son esprit. Elle traversa une petite partie des campagnes de Gwo sans trouver son bonheur. Elle prit un chemin passant près d'une tour habitée par des Gobelins avant de pénétrer dans les marais. Plus elle s'enfonçait dedans, plus l'humidité et la moiteur dues à la saison se mêlaient, l'odeur devenait pestilentielle mais cela ne la contraignit pas à faire demi-tour. Elle remarqua un petit mage qui semblait bien en difficulté face à la faune peuplant cette zone, celui-ci la héla :

[i]- Tu me dégages le passage et me conduis dans les montagnes du Nord.[/i]

Interloquée par le manque de politesse, Morrighan le dévisagea, puis esquissa un petit sourire en coin. Elle s'approcha de lui, plusieurs idées lui vinrent en tête :

La première était de faire une petite entaille sur le corps de cet impertinent juste assez profonde pour provoquer un écoulement de raisiné car à l'odeur, les lézards de marais le dévoreraient après l'avoir déchiqueté. Le spectacle, au point de vue de Morrighan, pourrait être des plus plaisants mais elle ressentirait une légère frustration de ne pas avoir plus participé.
La deuxième plus facile et moins attrayante était de le tuer de suite sans préambule, le plaisir serait alors fugace et son envie non assouvie.
La troisième plus mise en scène, était de l'aider à traverser et de l'amener jusqu'à son domaine plus exactement dans son antre pour l'y torturer comme il se doit de son incivilité.

[i]- Bonjour tout d'abord,[/i] insista-t-elle,[i] je peux t'accompagner mais je dois d'abord rejoindre les miens. Si tu souhaites on y va ensemble, puis je t'escorterai au village que tu souhaites.[/i]

[i]- Oui bah bonjour, bon d'accord mais je suis pressé donc en route tout de suite [/i) rétorqua-t-il.

Elle ferma les yeux et inspira profondément pour refréner son envie de le tuer sur place. Elle se murmura à elle-même :

[i]- un peu de patience et la satisfaction de sa mort en sera plus grande.[/i]

Le long du trajet, à plusieurs reprises, elle se contrôla pour ne pas étriper le mage qui vociférait juste derrière elle. Elle resta silencieuse tout le chemin jusqu'à proximité du Château où elle lui proposa de faire une pause.

[i]- Nous devrions nous arrêter ici et boire un verre.

- J'espère que tu as de la bonne bière car je ne bois pas n'importe quoi.

- Assis-toi, je vais en chercher.[/i]

Elle alla dans une des cachettes du Baron et lui vola quelques bouteilles. De retour auprès de son jouet, elle lui proposa une puis deux.
A son grand malheur, il devint logorrhéique. Elle le fît boire deux autres de plus et le voyant vaciller alors qu'il essayait de se lever, elle lui appuya sur l'épaule. Il se rassit et but une rasade de plus. Son teint pâli et ses yeux commençaient à se révulser.
Elle le laissa à demi conscient, alla vérifier que les autres habitants du Château étaient tous occupés et que personne ne la verrait transporter le corps.
N'ayant croisé personne, elle revint, le bâillonna, et décupla ses forces pour le trainer jusqu'à son sanctuaire. Arrivée dans son repaire, elle le jeta à l'intérieur d'une sorte de cercueil ensuite elle se dirigea dans sa chambre pour s'y reposer le temps que l'apprenti mage reprenne un peu ses esprits.

Quelques heures plus tard, elle descendit voir son sujet. Elle ouvra brusquement le sarcophage, elle vit dans son regard encore vitreux la frayeur qui le gagnait. Elle arbora un large sourire de délectation. Elle s'approcha de lui et l'empoigna pour le projeter sur sa table. Elle attrapa un instrument lourd et contondant.
Elle commença par lui apprendre la politesse l'obligeant ainsi la supplier en utilisant des mots d'usage de le laisser en vie. Elle lui infligea des coups sur différentes parties de son corps, celles-ci bleuissaient par les hématomes et enflaient. Après quelques moments à le voir souffrir sans qu'une seule goutte de sang ne s'écoule, elle saisit l'arme de manière à ce qu'elle devienne tranchante. De coupures en coupures plus ou moins profondes, il se vida lentement de son essence de vie.
Il perdit connaissance, à ce moment là, Morrighan devait trouver comment faire pour se débarrasser de l'enveloppe charnelle. Elle entreprit de le démembrer avec une hache qu'elle avait mise à porter de sa main. Une fois fait, elle emmena les morceaux discrètement en plusieurs fois hors du Château pour les donner aux prédateurs qui rôdaient dans les environs. Le cadavre se retrouva ainsi éparpillé et personne ne viendrait à se douter qu'il s'agissait d'un humain à l'origine.

A son dernier retour, elle croisa un garde qui fût tout d'abord horrifié par sa tenue et les parties visibles de son corps couvertes de sang. Une fois l'effet de surprise passée, il lui sourit comme s'il avait l'habitude de la voir ainsi accoutrée.

Elle se pressa de regagner sa chambre une fois à l'intérieur, elle se dévêtit et se dévisagea dans le miroir qui se situait au dessus de la bassine qui lui servit pour se laver soigneusement afin d'enlever toutes traces de ce qu'il venait de se passer.

Elle se sentait sereine malgré ce qu'elle était devenue en ce lieu et rien ne la referait repartir car elle avait trouvé un équilibre entre ceux qu'elle affectionnait et ceux avec qui elle jouait en toute liberté.

 

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