Chroniques d'un voyage sans retours, chapitre premier : L'appel par Merandal


« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui se luttent »

Ces mots résonnaient dans mon esprit tourmenté d'adolescent tout juste sorti de l'enfance ; sans cesses répétés par mon maître, qui m'avait entraîné contre vents et marées. L'aube venait tout juste d'apparaître à l'horizon, et j'observais ce soleil Ô combien vénéré depuis ma fenêtre. D'après ce que l'on m'avait enseigné, le feu céleste était source de toutes les forces : celle qui fait s'éteindre la vie, la plus brutale, mais également celle qui anime un corps d'une agilité sans limites, et bien évidement celle qui fait tenir nos jambes levées malgré le sang rouge qui les enduit. Mon maître voulait faire de moi l'un des gardes royaux du village, et j'avais secrètement de plus hautes ambitions.

Toutes ces pensées qui se bousculaient en moi furent balayées par une plus grande occupation : Les tumultes des foules étaient à leur apogées, et ce n'était ni le jour du marché, ni celui des festivités. J'entrepris donc d'attraper quelques vêtements rudimentaires qui pendaient à mon chevet, les enfila et m'extirpa - non sans difficultés - de la paille des écuries dans laquelle j'avais dormi. Lorsque le soleil eu fini de brûler mes rétines endolories, je m'engageais déjà sur la grand-route qui menait au centre du village. A mesure que j'avançais, la populace semblait être de plus en plus dense. J'entendais quelques bribes de conversations qui attisèrent ma curiosité : « Portail ouvert... » « Autre monde... » « Besoin de soldats... ». Sans m'en rendre compte, je m'étais mis à courir de toute la force de mes jambes jusqu'à atteindre le centre de toutes ses agitations : Une foule incroyable, dont certain n'étaient visiblement pas du village, s'était concentré autour d'un édifice de pierre finement taillé. Il semblait avoir apparût de nulle part puisque la vieille, je traînais encore mes pieds sur la place, et elle était vide, comme à son habitude. C'était manifestement dû à une intervention magique, puisqu'aucun architectes du village ni même des alentours n'auraient pu réaliser un tel chef-d'?uvre en une nuit de travaux.

« Silence ! Silence ! SI-LENCE ! »

S'exclama la puissante voix du roi, qui s'était levé de son trône, entouré de deux gardes dont les visages m'étaient familiers. Ses deux yeux sévères balayaient la foule en cherchant le moindre faiseur-de-trouble ; en vain, puisqu'à son appel, un silence de mort s'était installé sur la place. Lorsqu'il eu inspecté chaque visage de chaque villageois, il s'éclaircit la gorge, et pris la parole.

« Aujourd'hui est un jour à graver dans la pierre de nos ancêtres ; en effet, ce matin lorsque l'astre nocturne était encore niché au creux de la voute stellaire, ce portail nous est apparu, ainsi qu'une lettre venue d'un royaume lointain. »

Il s'éclaircit une nouvelle fois la gorge, sorti de sa poche de velours une grande lettre brodées aux fils d'or. Il ajusta la lunette qui pendait à son ?il, et se mit à lire d'une voix mélancolique :

« Peuple des Royaumes verdoyants, j'en appelle à tous les humains vivant sur ces terres ; car un danger dont vous ne pouvez imaginer la grandeur guette nos contrées. En effet, les hordes gobelines sont plus denses que jamais, accompagnés d'immondes trolls des montagnes, il est de notre devoir de repousser la menace vers le Nord, si toute fois les dieux daignent nous prêter main forte. J'en appelle à vous, fils de la terre, du vent, du feu et de l'eau, j'en appelle à vous, forgerons ou couturiers, aujourd'hui tous vos rangs n'ont plus d'importances : une fois ce portail franchis, vous foulerez de vos bottes les terres menacées de Subirion, et nos forces ne formeront qu'une. Unissons-nous face à l'oppresseur, face à ceux qui persécutent nos femmes et nos enfants. Je vous tends la main humblement, prêtez vos armes, et nous vous offrirons la paix. »

Une fois ces mots terminés, un tonnerre d'applaudissement s'empara de la foule. Plusieurs hommes et femmes s'étaient déjà présentés face au portail, et n'avaient eu aucune hésitations à le franchir : en un bruit sourd, ils avaient disparu sans laisser la moindre trace. Je vis mon maître au loin, qui semblait vouloir me convaincre de ne pas succomber à cet appel, et m'adressait de multiples signes de menace. Mon c?ur battait la chamade, et je n'eu bientôt qu'un seul désir au plus profond de mes entrailles : m'engager sur ces terres inconnues. J'adressais un dernier sourire à celui qui m'avait formé et avait fait de moi ce que j'étais aujourd'hui, mais avant qu'il n'ait pu faire le moindre geste, je m'étais jeté vers l'édifice de pierre en serrant les poings.

 

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