A l'Origine d'une Histoire par Olerion


Un immense gong résonna d'un doux bruit au loin dans la maison, et un son s'ensuivît comme d'un rire émis par de nombreuse voix à un grand crépitement de pas. Alors Measse dit à Olerion voyant son visage empli d'un émerveillement heureux:

« Il s'agit de la voix d'Essir, le gong du Temps, qui se dresse à l'extérieur de la salle du Reconquis et il sonne une fois pour les appeler à cette salle ou l'on mange et où l'on boit, et trois fois pour les appeler à la chambre du Feu de Bûches pour la narration des contes »

Et Dàlla ajouta :

« Si lorsqu'il sonne une fois il y a des rires dans les couloirs et un bruit de pas, alors les murs tremblent de joie et des battements de pieds se font entendre lors des trois coups d'un soir. Et faire résonner les trois coups est le moment le plus joyeux dans la journée de Jolic?ur »

L'esprit d'Olerion pencha tant vers ces mots, car il lui sembla qu'un monde nouveau s'ouvrait à lui, qu'il n'entendit plus rien d'autre jusqu'à ce que Measse lui enjoignît de s'asseoir. Alors il leva les yeux, et voici que la salle et toutes ses banquettes et ses chaises étaient remplies par des enfants de tous aspects, de tous genres et de toutes tailles, tandis qu'éparpillés parmi eux étaient des gens de tous types et de tous âges. En une chose uniquement se ressemblaient-ils : en ce qu'un air de grand bonheur illuminé d'une attente impatiente et de rires nouveaux se lisait sur chaque visages. La lumière douce des bougies s'étalait aussi sur tous ; elles brillaient sur des tresses resplendissantes et luisaient sur des cheveux bruns ou bien çà et là allumaient un pâle feu dans des mèches devenues grises. Alors qu'ils les contemplaient, tous se levèrent et chantèrent d'une seule voix la Menée du Repas. La nourriture fut amenée et posée devant eux, et après cela, les porteurs, ceux qui servaient et ceux qui attendaient, hôte et hôtesse, enfants et invités, s'assirent. Olerion se plongea en conversation avec Dàlla et son époux, leur narrant des contes de ses anciens jours et ses aventures, et surtout ceux qu'ils avaient rencontrés lors de ses voyages qui l'avait mené à travers maintes contrées et demandant en retours maintes choses concernant ce beau pays, et par-dessus tout cette ville où il se trouvait maintenant.

« Saches donc qu'aujourd'hui, ou plutôt s'agissait-il d'hier, tu traversas les bordures de cette régions qui se nomme le pays d'Erables, en ces lieux fut l'Avant du Commencement, est le Souvenir de l'Avant et sera le Dernier Souvenir lors de la fin.
Cette région est tenue comme étant le centre de tout, bien que reculées. Cet hameau de terre tient du monde à plus juste raisons que se tourne vers ceux qui demeurent ici pour la sagesse et l'éducation pour la chanson et la science au milieu d'un enchevêtrement d'érables et d'ormes.
Mais excuses-moi, tu en sauras plus à l'heure prochaine »

Autour de ce moment, ils approchèrent de la fin du repas ; alors Measse remplit son verre, sa femme le suivant, et les convives prenant exemple.

« Ceci avec quoi nous remplissons nos gobelets est de l'Echavatras, la boisson régionale pour tous, qu'ils soient jeunes ou vieux. Le buvant, nos c?urs gardent la jeunesse et nos s'emplissent de chanson. A ceci s'ajoute la mémoire des contes de chaque soir. »

Alors résonna le trois fois le gong, et une clameur s'éleva dans la salle, et d'aucuns ouvrirent grand les vastes portes de chênes au bout de celle-ci. Il furent nombreux à se saisir de ces chandeliers en bois et à les maintenir en l'air tandis que d'autres riaient et bavardaient, mais tous firent un chemin au milieu de la compagnie qu'empruntait Les deux hôtes et Olerion, et ils passèrent les portes avec la foule qui les suivait.
Olerion vit qu'ils se trouvaient maintenant dans un couloir court et large dont les murs étaient recouvert de riches tapisseries jusqu'à mi-hauteur ; et sur ces tapisseries étaient représentées de nombreuses histoire dont il ne connaissait alors le sens. Au dessus il semblait y avoir des tableaux, mais il n pouvait voir dans la pénombre, car les porteurs des chandelles étaient à l'arrière du cortège, et devant lui la seule lumière provenait d'une porte ouverte à travers laquelle se déversait une lueur rouge comme celle d'un grand feu
L'hôte lui murmurât :

« Cela est le Feu du Conte qui flamboie dans la chambre des Bûches, là brûle-t-il durant toute l'année »

Alors toute cette compagnie vint riant et parlant dans la pièce d'où provenait la lueur. Une salle belle, comme on pouvait le sentir par l'étincellement même du feu qui dansait sur les murs et le plafond bas, tandis que des ombres profondes s'étendaient dans les coins et recoins. Autour du vaste foyer était semé une multitude de tapis moelleux et des cousins accommodants, et légèrement à l'écart se trouvait un siège profond aux bras et aux pieds sculptés. Et ainsi fut-il qu'Olerion ressentit à l'heure du conte, que quel que fût le nombre de gens et d'enfants, la pièce semblait toujours juste assez spacieuse sans être grande, assez petite mais non surpeuplé.
Tous s'assirent où ils le voulaient, jeunes et vieux, mais Dàlla dans le siège et Measse sur un coussin à ses pieds, et Olerion se réjouissant devant le flamboiement, et pourtant c'était l'été, s'étendit près du foyer.

« Que narreront les contes ce soir ? Les grandes Terres et l'habitacle des Races ? L'ouest et ses mystères, l'Est et sa gloire, le Sud et ses contrées sauvages, le Nord et sa cruauté ? Ou bien cette vaste étendue d'ombres où demeure son peuple et son histoire ? Puisque ce soir nous recevons un hôte, un homme aux voyages grands. Narreront-ils voyages, vagabondages, vents et mers ? »

Mais à cette question, certains répondirent une chose et certains une autre, jusqu'à ce qu'Olerion dit :

« Je vous en prie, si cela convient aux autres, pour cette fois parlez-moi de cet endroit, le plus volontiers apprendrais-je sur cette maison de bon aloi et cette douce compagnie, car parmi toutes les maisons celle-ci me semble être la plus ravissante et parmi tous les rassemblements celui-ci est le plus beau que j'ai pu contempler. »

Des murmures approbatifs se répercutaient sur les murs et dans la tête de l'occupant du siège. Sa voix se fit douce, pénétrant tous les esprit, avec des mots si juste que les images défilaient dans chaque esprit.

« L'on m'a dit, bien que je connaisse la vérité, que ce chemin poursuivait des routes tortueuses jusqu'au demeure d'En Bas, mais cette voie nous n'empruntâmes jamais lorsque nous nous y rendions nous même. C'était un chemin aux hauts coteaux et aux immenses haies surplombantes, au-delà desquelles se dressaient maints grands arbres dans lesquels semblait vivre un murmure perpétuel. Dans ce lieu de jardin, un haut portail qui luisait doré dans le crépuscule ouvrait sur le sentier des rêves, et de là menaient des chemins sinueux de haut buis jusqu'au plus beau de tous les jardins, et tout à fait au centre de celui-ci se dressait une chaumière blanche. En quoi fut-elle bâtie, et quand le fut-elle, personne ne le savait, ni ne le sait, mais des rumeurs disent qu'elle brillait d'une pâle lumière, telle une perle et sa toiture était de chaume, mais d'un chaume d'or. D'un côté s'élevait un buisson de lilas blanc et à l'autre bout un if puissant. Dans les lilas se rassemblait et chantaient tous les oiseaux qui jamais purent le faire doucement. Les murs de la chaumière étaient courbées par l'âge et sa multitude de fenêtres à treillis étaient tordues en d'étranges formes.
Personne, est-il dit, ne demeurait dans la chaumière, qui était cependant gardées secrètement et jalousement par les Premiers Êtres de sortes qu'aucun mal ne s'en approchât, mais que les enfants qui y jouaient ne connurent pourtant surveillance. Celle-ci est la chaumière Préservé, ou des Enfants.
Ils n'entraient pas, pour la plupart, souvent dans la maison, mais dansaient et s'amusaient dans le jardin, cueillant des fleurs ou pourchassant les abeilles dorés et les papillons aux ailes brodés qui y étaient placés pour leur plus grand bonheur.
Dans leurs belles années, il y en eut certains qui entendirent jouer de la flûte dans le lointain, ou d'autres qui errant encore au-delà de la chaumière perçurent des chants apaisants sur la colline. Des après souvenirs brumeux de ceux-ci, de leurs fragments d'histoires et de leurs bribes de chanson, provinssent maintes légendes qui ravirent les Races durant longtemps, et qui le font encore.
Mais un jour, un cor sonna au moment le plus profond de la nuit. Une mélodie lente et envoûtante réveilla une jeune fille. Il était tard et calme dans cette nuit de juin. Rares étaient les étoiles et loin était la lune. Les arbres ensommeillés s'affaissaient, rampant silencieusement des ombres s'éveillèrent sous eux pendant qu'ils dormaient.
Elle se glissa à la fenêtre d'un pas furtif, quittant son lit blanc encore intact. Quelque chose d'attirant, hautain et étrange, comme le parfum des fleurs sur les rives de la mer imprégnait l'air.
Elle écoutait et fût émerveillé, les yeux tourner vers le sol. Car venait du lointain une note filtrée d'une douceur enchanteresse, parfois claire, parfois lointaine. Aussi claire qu'une étoile dans une mare près des roseaux, aussi faible que la rosée qui luit sur les mauvaises herbes.
Alors elle quitta la fenêtre et suivi l'appel, descendant les escaliers craquants et sortant à travers les couloirs par une porte qui balançait haute et grise.
Il est parti, la vallée est vide et déserte où seul il se tient et seul il regarde.
Puis soudain là-bas, dans les prés au-delà, en arrière, dans les roseaux près de l'étang miroitant, quelques petites notes vinrent en trillant rapidement.
En scrutant l'obscurité, elle découvre un coffre, car c'est Lui qui jouait, tantôt des notes aiguës qui lui déchirait sa volonté, tantôt des notes basses lui intimant le désir. La musique prenait

 

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