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La Boite. par Nigla
Cela fait bien une demi-heure que je suis devant ce parchemin vide, à me demander si je fais bien d'écrire ce que je ressens, ou pas, car je n'ai pas pour habitude de coucher mes sentiments sur le papier, certains êtres médisants diront d'ailleurs que je ne ressens rien, que je n'ai pas de coeur ni d'âme, c'est peut-être vrai...
Pourtant, je me dis que j'en ai besoin, car j'ai trop mal, ça peut paraitre bête, mais je ne me sens vraiment pas bien et comme je ne vois pas auprès de qui je pourrais aller trouver du réconfort, je couche mes peines sur le papier.
Chère amie, tu es morte hier. Cela faisait plusieurs jours que tu souffrais, que tu te tordais dans ta boite en fer blanc en râlant lorsque tu voulais en sortir pour venir, comme à ton habitude, jouer avec moi ou te promener dehors, haute perchée sur mon épaule. Le bonhomme avec sa grosse charrette qui t'a roulé dessus ne t'a laissé aucune chance. Moi non plus, je ne lui ai pas laissé la moindre chance et il est mort en criant.
Oh ça oui, il m'a supplié de l'épargner, mais toi, il ne t'avait pas épargné ! Il m'a parlé de ses enfants, de sa femme, des dettes qu'il avait contractés pour acheter sa ferme, mais moi, je ne l'ai pas écouté, je n'en avais pas envie, je voulais seulement qu'il paie pour ce qu'il t'avait fait. Mais ce qui m'a mis hors de moi, c'est quand il m'a dit que tu n'étais qu'une belette, que ce n'était pas bien grave, qu'il ne fallait pas pleurer comme cela.
Mais tu n'étais pas qu'une belette, tu étais mon amie, la seule que je n'ai jamais eue. Toi tu ne me jugeais pas comme tous ces gens qui me traitent de bâtard, d'enfant maudit et qui font des signes de croix quand ils passent devant moi, en détournant leur regard, de peur que je leur vole leur âme sans doutes.
Quand je t'ai trouvé au pied de cet arbre devant ma maison, tu étais toute petite. Tu criais, je crois que tu avais faim et que tu appelais ta maman, sans elle tu devais avoir très peur et dès qu'elle quittait le nid, tu criais jusqu'à ce qu'elle revienne auprès de toi. Mais cette fois, elle ne revenait pas et pour cause, je venais de la tuer pour prendre sa fourrure et l'échanger contre quelques piécettes d'ors à un riche marchand. Excuse-moi, je ne savais pas que c'était mal de tuer les mamans, moi je n'en ai jamais eu, ou du moins, je ne l'ai pas connue comme elle est morte en me mettant au monde.
Tu étais si mignonne avec tes grands yeux noirs, dès que je t'ai prise avec moi, tu as arrêté de crier, tu as sans doutes senti sur mes mains l'odeur de ta maman que je venais de dépecer, je m'étais pourtant lavé les mains, pour enlever tout ce sang. Alors, la minuscule petite boule de poile rousse que tu étais s'est lové dans le creux de ma main et tu t'es tout de suite endormie. Tu m'as plus tout de suite et même si au début je voulais aussi te tuer, bien que ta fourrure ne valait pas grand-chose, mais je n'ai pas pu. Tu étais un peu comme moi, sans maman, sans défense, à la merci du monde.
Mais aujourd'hui tu es morte... J'ai tout fait pour te soigner, mais je ne pouvais pas panser tes blessures, car tu saignais en dedans, tu crachais du sang et quand tu n'en as plus eu assez, tu es partie. Moi aussi j'ai mal en dedans, j'ai la poitrine qui me sert si fort et j'ai envie d'hurler pour que toute cette douleur sorte au dehors.
Je ne sais plus quoi faire ou quoi penser, je n'ai pas faim, j'ai l'estomac noué : je me suis forcé à manger, mais je n'ai envie de rien... J'ai seulement toutes ces images horribles dans la tête. Cette nuit j'ai pensé à toi, puis j'ai pensé à moi. Une vision affreuse m'est venue à l'esprit car j'ai cauchemardé qu'un jour peut-être, ce serait mon tour aussi. Je serais mort comme toi et tout serait noir, ce serait le néant, le vide. Cette vision m'a emporté dans un tourbillon d'épouvante et je me suis réveillé en sueur, le coeur palpitant comme jamais.
C'était le matin, la lueur rougeâtre du soleil perçait à travers les rideaux de ma chambre, je me suis levé et j'ai bu un grand vers d'eau, puis rassemblant mon courage je t'ai prise avec moi. Tu étais toujours dans ta boite, inerte, ton corps recroquevillé n'avait pas bougé depuis la veille. Je t'ai emmené sur la grosse table en bois du salon, de l'eau coulaient le long de mes joues, c'était chaud et salé, c'était peut-être ça pleurer.
J'ai mis un bout de pain sec et la pelote de laine avec laquelle tu aimais tant jouer dans ta boite, puis je me suis assis sur un tabouret un peu trop haut pour moi et j'ai pris une plume ainsi que ce parchemin: La suite tu l'as connait. Ça peut paraitre bizarre d'écrire à un mort, je me doute bien que si cela se savait, les gens auraient encore plus peur de moi.
Alors, dès que j'aurais fini, j'irais t'enterrer très profond devant ma maison, au pied de l'arbre où je t'ai trouvé il y a quelques mois, près de la dépouille de ta maman, avec cette lettre que j'ai enfin réussie à t'écrire mon amie, tu vas beaucoup me manquer, je t'aime.
Pourtant, je me dis que j'en ai besoin, car j'ai trop mal, ça peut paraitre bête, mais je ne me sens vraiment pas bien et comme je ne vois pas auprès de qui je pourrais aller trouver du réconfort, je couche mes peines sur le papier.
Chère amie, tu es morte hier. Cela faisait plusieurs jours que tu souffrais, que tu te tordais dans ta boite en fer blanc en râlant lorsque tu voulais en sortir pour venir, comme à ton habitude, jouer avec moi ou te promener dehors, haute perchée sur mon épaule. Le bonhomme avec sa grosse charrette qui t'a roulé dessus ne t'a laissé aucune chance. Moi non plus, je ne lui ai pas laissé la moindre chance et il est mort en criant.
Oh ça oui, il m'a supplié de l'épargner, mais toi, il ne t'avait pas épargné ! Il m'a parlé de ses enfants, de sa femme, des dettes qu'il avait contractés pour acheter sa ferme, mais moi, je ne l'ai pas écouté, je n'en avais pas envie, je voulais seulement qu'il paie pour ce qu'il t'avait fait. Mais ce qui m'a mis hors de moi, c'est quand il m'a dit que tu n'étais qu'une belette, que ce n'était pas bien grave, qu'il ne fallait pas pleurer comme cela.
Mais tu n'étais pas qu'une belette, tu étais mon amie, la seule que je n'ai jamais eue. Toi tu ne me jugeais pas comme tous ces gens qui me traitent de bâtard, d'enfant maudit et qui font des signes de croix quand ils passent devant moi, en détournant leur regard, de peur que je leur vole leur âme sans doutes.
Quand je t'ai trouvé au pied de cet arbre devant ma maison, tu étais toute petite. Tu criais, je crois que tu avais faim et que tu appelais ta maman, sans elle tu devais avoir très peur et dès qu'elle quittait le nid, tu criais jusqu'à ce qu'elle revienne auprès de toi. Mais cette fois, elle ne revenait pas et pour cause, je venais de la tuer pour prendre sa fourrure et l'échanger contre quelques piécettes d'ors à un riche marchand. Excuse-moi, je ne savais pas que c'était mal de tuer les mamans, moi je n'en ai jamais eu, ou du moins, je ne l'ai pas connue comme elle est morte en me mettant au monde.
Tu étais si mignonne avec tes grands yeux noirs, dès que je t'ai prise avec moi, tu as arrêté de crier, tu as sans doutes senti sur mes mains l'odeur de ta maman que je venais de dépecer, je m'étais pourtant lavé les mains, pour enlever tout ce sang. Alors, la minuscule petite boule de poile rousse que tu étais s'est lové dans le creux de ma main et tu t'es tout de suite endormie. Tu m'as plus tout de suite et même si au début je voulais aussi te tuer, bien que ta fourrure ne valait pas grand-chose, mais je n'ai pas pu. Tu étais un peu comme moi, sans maman, sans défense, à la merci du monde.
Mais aujourd'hui tu es morte... J'ai tout fait pour te soigner, mais je ne pouvais pas panser tes blessures, car tu saignais en dedans, tu crachais du sang et quand tu n'en as plus eu assez, tu es partie. Moi aussi j'ai mal en dedans, j'ai la poitrine qui me sert si fort et j'ai envie d'hurler pour que toute cette douleur sorte au dehors.
Je ne sais plus quoi faire ou quoi penser, je n'ai pas faim, j'ai l'estomac noué : je me suis forcé à manger, mais je n'ai envie de rien... J'ai seulement toutes ces images horribles dans la tête. Cette nuit j'ai pensé à toi, puis j'ai pensé à moi. Une vision affreuse m'est venue à l'esprit car j'ai cauchemardé qu'un jour peut-être, ce serait mon tour aussi. Je serais mort comme toi et tout serait noir, ce serait le néant, le vide. Cette vision m'a emporté dans un tourbillon d'épouvante et je me suis réveillé en sueur, le coeur palpitant comme jamais.
C'était le matin, la lueur rougeâtre du soleil perçait à travers les rideaux de ma chambre, je me suis levé et j'ai bu un grand vers d'eau, puis rassemblant mon courage je t'ai prise avec moi. Tu étais toujours dans ta boite, inerte, ton corps recroquevillé n'avait pas bougé depuis la veille. Je t'ai emmené sur la grosse table en bois du salon, de l'eau coulaient le long de mes joues, c'était chaud et salé, c'était peut-être ça pleurer.
J'ai mis un bout de pain sec et la pelote de laine avec laquelle tu aimais tant jouer dans ta boite, puis je me suis assis sur un tabouret un peu trop haut pour moi et j'ai pris une plume ainsi que ce parchemin: La suite tu l'as connait. Ça peut paraitre bizarre d'écrire à un mort, je me doute bien que si cela se savait, les gens auraient encore plus peur de moi.
Alors, dès que j'aurais fini, j'irais t'enterrer très profond devant ma maison, au pied de l'arbre où je t'ai trouvé il y a quelques mois, près de la dépouille de ta maman, avec cette lettre que j'ai enfin réussie à t'écrire mon amie, tu vas beaucoup me manquer, je t'aime.
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