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Premiers pas : Tigre en Subirion par Shawn
Caché derrière un feuillu qu'ombrageaient les grands saules de la forêt de Gwo, j'écoutais rugir les tigres.
Une chose me surprit, toute une meute siégeait en cet endroit ; ils avaient pourtant l'habitude de chasser en binôme.
Leur plainte assourdissante semblait retentir au rythme où mon souffle haletant faisait gonfler ma large poitrine.
Du sang coagulait le long de mon dos et de mes bras.
J'ignorais la souffrance et me redressais, m'armant de courage pour fournir l'impossible effort de vaincre les tigres à la course.
En cette journée, j'ai vu quelques uns de ces tigres terrasser un jeune guerrier.
L'homme avait franchit à midi les limites de leur territoire, comptant sur la chaleur caniculaire qui régnait pour entretenir le sommeil dans lequel ils étaient plongés.
Ils étaient sortis, trois d'entre eux, poussant des rugissements étranges, démoniaques, leurs grandes mâchoires aux rouges babines dégouttant déjà de salive dans l'anticipation joyeuse de cet exercice inattendu.
Ils avaient rattrapé l'homme en vue de la ville ; ils atteignaient au garrot la hauteur d'une hanche d'homme ; leur gueule était garnie de crocs ivoire, tranchants comme un sabre.
Presque aussi rapide qu'un équidé, ils avaient terrassé le guerrier avant qu'il ne se soit approché du portail de la ville de plus de trois cents pas.
Ils avaient joué avec lui pendant très, trop longtemps.
Je me remis à courir.
J'ignorais la douleur qui semblait transformer mes pieds en lambeaux de chair, laissant des empreintes sanglantes sur cette terre, ignorais aussi le supplice que subissaient mes poumons au bord de l'éclatement.
Imaginer les félins à mes trousses était aisé.
Déjà , je sentais presque le saisir humide, douloureux, des mâchoires puissantes, des crocs acérés se refermant sur ma peau pour la déchirer, l'écorcher jusqu'à ce que je m'effondre, inanimé mais vivant, pour le plaisir de ces chats tout puissants !
Terrifié, empli de haine, je courais.
Je traversais les étendues verdoyantes entourant la ville, me dirigeant vers...quelque chose.
Je ne savais pas avec précision ce que je trouverais, sentais seulement qu'il me fallait échapper à cette mort agonisante qui m'était destinée.
Derrière moi, les tigres se rapprochaient.
Ils se déployèrent, formant à eux six un demi-cercle enveloppant.
Ces tigres forçaient leur proie jusqu'à ce qu'elle soit épuisée, puis adoptaient une formation en corne, amenant la victime à courir dans un cercle de poursuivants auxquels elle ne pouvait échapper.
Je ne voulais nullement entrer dans cette figure infernale mais ne voyais aucun moyen de l'éviter.
Dépourvu de plan, presque de pensée, je courais à la manière d'un animal : aveugle, désespéré, ne cherchant que ce je ne pouvais atteindre.
Mes pas résonnaient sur le sol, encore brûlant malgré l'heure tardive, tandis que j'explorais des yeux les collines se découpant sous l'astre nocturne naissant, y cherchais un refuge que je savais introuvable.
Mais je me refusais à abandonner.
Je n'avais aucun espoir, aucune arme sinon mes membres robustes et épuisés, pourtant je ne me résignerais pas à mourir de la sorte.
Je courais !
Encore et encore...
Et les tigres gagnaient du terrain...
Leur rugissement emplissait mes oreilles, éliminant les bruits nocturnes jusqu'à demeurer seul audible, entrecoupé par le bruit feutré, rapide, des pattes agiles.
Je sentais plus que je ne les voyais les silhouettes resserrant leur étau autour de moi ; mais l'haleine fétide portée par le vent, le claquement des crocs étaient bien réels.
Une grande forme noire jaillit de l'obscurité.
Des mâchoires couvertes de bave s'écartèrent pour me saisir; je me rejetai en arrière, perdis l'équilibre; incapable de me retenir, je m'effondrai sur le sol tandis qu'une patte griffue laissait une trace sanglante sur ma peau.
Je poussai un hurlement tellement la douleur était insupportable et je roulai au bas de la colline, vers les yeux grands ouverts qui brillaient d'une lueur cramoisie dans la clarté déclinante.
Je me remis sur mes pieds et serrai les poings tout en sachant que c'était inutile.
Rien ne pouvait résister à ces tigres affamés.
Je me redressai pourtant; tout en me préparant à mourir, je souhaitai pouvoir plonger au moins une main dans l'orbite d'un de ces félins.
Les prédateurs s'assirent, laissant entrevoir leurs gueules parsemées de dents incurvées.
La soif de sang rougissait leurs yeux, orbes écarlates où étincelait un sadisme presque humain.
Leur attente fut cause de leur perte.
S'ils avaient attaqué, ils auraient pu changer le cours de l'histoire, trancher à la base une branche de l'évolution; mettre fin à un empire et donner naissance à un ordre nouveau.
Mais ils étaient entrainés à attendre, à anticiper, à savourer.
Aussi échouèrent-ils.
Ils se rapprochèrent lentement, mâchoires ouvertes pour déchirer une chair suppliante, broyer les os, enseigner la souffrance à un être sans défense.
Et je les observais venir à moi, prêt à vendre aussi chèrement que possible ma vie sans valeur, sachant que je n'avais aucune chance, qu'aucun dieu de bonté ne se pencherait pour m'arracher à la mort écumante qui encerclait mon corps tremblant.
On vint pourtant.
Pas un dieu, mais un être tout aussi efficace.
Cela sortit de la nuit, noir comme celle-ci, si noir que je ne pus qu'en distinguer la silhouette, qu'en deviner les actions.
J'entendis les jappements soudains des tigres : vociférations de rage et piailleries de douleur, plaintes effrayées et rugissements de frustrations.
Une forme sombre marqua un instant le disque blafard de la lune, plongea vers le sol puis s'éleva à nouveau dans le ciel et sembla un instant se dédoubler pour fondre sur le félin le plus proche.
Il y eut un rugissement de douleur, bientôt suivi d'un second.
Je sentis une odeur de sang, épais, salé, identique à celui qui séchait sur mon dos, et compris que quelque chose attaquait les félins.
Cela se déplaçait plus vite que n'importe quelle bête connue, une lueur étincelante et tournoyante ne cessait de transgresser l'épaisseur de la nuit.
Quatre tigres ajoutèrent leur sang aux ombres qui marquaient la terre de Gwo.
Les deux autres firent volte-face et s'enfuirent, poursuivis par la silhouette puissante de l'inconnu.
Je pouvais seulement ressentir une certaine gratitude mêlée de peur, car je n'avais aucune idée de qui était cet individu ni de ses intentions.
Je courus jusqu'à l'épuisement total, jusqu'à ce que mes yeux deviennent vitreux, que l'air pénètre dans mes poumons à la manière d'un feu liquide.
Lorsque je m'effondrai pour dormir à l'abri d'un bosquet, je ne savais pas où il se trouvait, ni même s'il m'observait.
Je tombai, tout simplement, et m'abandonnai à un sommeil agité, entrecoupé de rêves: les visions des tigres me poursuivant et me resserrant dans leur étau.
Un peu plus tard, je m'éveillai haletant, le front trempé de sueur.
A côté de moi se trouvaient, déposés à même le sol, une armure resplendissante, une épée aussi acérée et tranchante que le rasoir et quelques provisions.
Je ne sus jamais qui était ni ce qu'était devenu ce « bienfaiteur »...
Une chose me surprit, toute une meute siégeait en cet endroit ; ils avaient pourtant l'habitude de chasser en binôme.
Leur plainte assourdissante semblait retentir au rythme où mon souffle haletant faisait gonfler ma large poitrine.
Du sang coagulait le long de mon dos et de mes bras.
J'ignorais la souffrance et me redressais, m'armant de courage pour fournir l'impossible effort de vaincre les tigres à la course.
En cette journée, j'ai vu quelques uns de ces tigres terrasser un jeune guerrier.
L'homme avait franchit à midi les limites de leur territoire, comptant sur la chaleur caniculaire qui régnait pour entretenir le sommeil dans lequel ils étaient plongés.
Ils étaient sortis, trois d'entre eux, poussant des rugissements étranges, démoniaques, leurs grandes mâchoires aux rouges babines dégouttant déjà de salive dans l'anticipation joyeuse de cet exercice inattendu.
Ils avaient rattrapé l'homme en vue de la ville ; ils atteignaient au garrot la hauteur d'une hanche d'homme ; leur gueule était garnie de crocs ivoire, tranchants comme un sabre.
Presque aussi rapide qu'un équidé, ils avaient terrassé le guerrier avant qu'il ne se soit approché du portail de la ville de plus de trois cents pas.
Ils avaient joué avec lui pendant très, trop longtemps.
Je me remis à courir.
J'ignorais la douleur qui semblait transformer mes pieds en lambeaux de chair, laissant des empreintes sanglantes sur cette terre, ignorais aussi le supplice que subissaient mes poumons au bord de l'éclatement.
Imaginer les félins à mes trousses était aisé.
Déjà , je sentais presque le saisir humide, douloureux, des mâchoires puissantes, des crocs acérés se refermant sur ma peau pour la déchirer, l'écorcher jusqu'à ce que je m'effondre, inanimé mais vivant, pour le plaisir de ces chats tout puissants !
Terrifié, empli de haine, je courais.
Je traversais les étendues verdoyantes entourant la ville, me dirigeant vers...quelque chose.
Je ne savais pas avec précision ce que je trouverais, sentais seulement qu'il me fallait échapper à cette mort agonisante qui m'était destinée.
Derrière moi, les tigres se rapprochaient.
Ils se déployèrent, formant à eux six un demi-cercle enveloppant.
Ces tigres forçaient leur proie jusqu'à ce qu'elle soit épuisée, puis adoptaient une formation en corne, amenant la victime à courir dans un cercle de poursuivants auxquels elle ne pouvait échapper.
Je ne voulais nullement entrer dans cette figure infernale mais ne voyais aucun moyen de l'éviter.
Dépourvu de plan, presque de pensée, je courais à la manière d'un animal : aveugle, désespéré, ne cherchant que ce je ne pouvais atteindre.
Mes pas résonnaient sur le sol, encore brûlant malgré l'heure tardive, tandis que j'explorais des yeux les collines se découpant sous l'astre nocturne naissant, y cherchais un refuge que je savais introuvable.
Mais je me refusais à abandonner.
Je n'avais aucun espoir, aucune arme sinon mes membres robustes et épuisés, pourtant je ne me résignerais pas à mourir de la sorte.
Je courais !
Encore et encore...
Et les tigres gagnaient du terrain...
Leur rugissement emplissait mes oreilles, éliminant les bruits nocturnes jusqu'à demeurer seul audible, entrecoupé par le bruit feutré, rapide, des pattes agiles.
Je sentais plus que je ne les voyais les silhouettes resserrant leur étau autour de moi ; mais l'haleine fétide portée par le vent, le claquement des crocs étaient bien réels.
Une grande forme noire jaillit de l'obscurité.
Des mâchoires couvertes de bave s'écartèrent pour me saisir; je me rejetai en arrière, perdis l'équilibre; incapable de me retenir, je m'effondrai sur le sol tandis qu'une patte griffue laissait une trace sanglante sur ma peau.
Je poussai un hurlement tellement la douleur était insupportable et je roulai au bas de la colline, vers les yeux grands ouverts qui brillaient d'une lueur cramoisie dans la clarté déclinante.
Je me remis sur mes pieds et serrai les poings tout en sachant que c'était inutile.
Rien ne pouvait résister à ces tigres affamés.
Je me redressai pourtant; tout en me préparant à mourir, je souhaitai pouvoir plonger au moins une main dans l'orbite d'un de ces félins.
Les prédateurs s'assirent, laissant entrevoir leurs gueules parsemées de dents incurvées.
La soif de sang rougissait leurs yeux, orbes écarlates où étincelait un sadisme presque humain.
Leur attente fut cause de leur perte.
S'ils avaient attaqué, ils auraient pu changer le cours de l'histoire, trancher à la base une branche de l'évolution; mettre fin à un empire et donner naissance à un ordre nouveau.
Mais ils étaient entrainés à attendre, à anticiper, à savourer.
Aussi échouèrent-ils.
Ils se rapprochèrent lentement, mâchoires ouvertes pour déchirer une chair suppliante, broyer les os, enseigner la souffrance à un être sans défense.
Et je les observais venir à moi, prêt à vendre aussi chèrement que possible ma vie sans valeur, sachant que je n'avais aucune chance, qu'aucun dieu de bonté ne se pencherait pour m'arracher à la mort écumante qui encerclait mon corps tremblant.
On vint pourtant.
Pas un dieu, mais un être tout aussi efficace.
Cela sortit de la nuit, noir comme celle-ci, si noir que je ne pus qu'en distinguer la silhouette, qu'en deviner les actions.
J'entendis les jappements soudains des tigres : vociférations de rage et piailleries de douleur, plaintes effrayées et rugissements de frustrations.
Une forme sombre marqua un instant le disque blafard de la lune, plongea vers le sol puis s'éleva à nouveau dans le ciel et sembla un instant se dédoubler pour fondre sur le félin le plus proche.
Il y eut un rugissement de douleur, bientôt suivi d'un second.
Je sentis une odeur de sang, épais, salé, identique à celui qui séchait sur mon dos, et compris que quelque chose attaquait les félins.
Cela se déplaçait plus vite que n'importe quelle bête connue, une lueur étincelante et tournoyante ne cessait de transgresser l'épaisseur de la nuit.
Quatre tigres ajoutèrent leur sang aux ombres qui marquaient la terre de Gwo.
Les deux autres firent volte-face et s'enfuirent, poursuivis par la silhouette puissante de l'inconnu.
Je pouvais seulement ressentir une certaine gratitude mêlée de peur, car je n'avais aucune idée de qui était cet individu ni de ses intentions.
Je courus jusqu'à l'épuisement total, jusqu'à ce que mes yeux deviennent vitreux, que l'air pénètre dans mes poumons à la manière d'un feu liquide.
Lorsque je m'effondrai pour dormir à l'abri d'un bosquet, je ne savais pas où il se trouvait, ni même s'il m'observait.
Je tombai, tout simplement, et m'abandonnai à un sommeil agité, entrecoupé de rêves: les visions des tigres me poursuivant et me resserrant dans leur étau.
Un peu plus tard, je m'éveillai haletant, le front trempé de sueur.
A côté de moi se trouvaient, déposés à même le sol, une armure resplendissante, une épée aussi acérée et tranchante que le rasoir et quelques provisions.
Je ne sus jamais qui était ni ce qu'était devenu ce « bienfaiteur »...
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